Tous les dimanches, à 10h15, il y’a excès de catholicisme par nos fenêtres. Elles s’imposent, nous martèlent dans nos sommeils, un réveil-tapin archaïque ; joli je l’admets, c’est pas du Tokaï, mais pas très perfectionné, quoique : il nous rappelle aussi chaque heure qui passe.
Et ça ne gène personne. Il est complètement intégré dans nos cervelets trop endormis pour réagir. On a le droit à notre dose hebdomadaire, et on attend que ça se passe. Et en quel honneur ? La Mémoire des anciens ? La tradition ? Le conditionnement ? Ca ne gêne personne en tout cas.
Je me demande ce que serait la vie sans cloches. Est-ce que Tokaï ferait fortune ? L’horlogerie aurait-elle un pape ?
Mon petit doigt me dit de ne pas lutter contre les moulins. Je vais me prendre un vent. Mais celui là m’emmerde. Pour les gens concerné, il existe des talkie-walkie !
« Ksssh Ksssh alpha ksssh mayday kssh messe à 10h15 ksssh l’oiseau noir dans sa cage à pain ksssh 10h15 »
Trop militaire. La guerre religieuse est terminée voyons. L’Eglise n’est point souffrance, l’Eglise est recueillement. Pourquoi prendre une douche le dimanche matin alors que je vais à la messe. Laver mes péchés en une heure contre dix centimes de quête… remballe ton Tokaï.
Drôle, j’ai été « enfant de cœur ». Fabulous, darling. Ca consistait à se draper de blanc, et à s’exposer au regard des vieux et des fermiers qui venaient écouter mon gourou. Rarement des sourires, heures trop sérieuses où chacun s’asseyait, pour se relever, puis s’asseyait. Gloire au Christ mort sur la croix, un peu de sport, ça ne fait pas de mal.
Moi, j’y croyais. Je ne savais pas vraiment à quoi, mais j’y croyais pendant cette heure là. Je prenais mon rôle très au sérieux. Sentiment d’exister, de servir une cause, restant debout à côté de l’autel. Acteur de la mascarade.
Au levé du rideau, nous sortions en file indienne de derrière l’autel, mes compagnons drapés et moi, suivis par l’abbé, le visage concentré, et l’œil sur nous.
Le premier de la file était plutôt fier, il avait été choisi par l’abbé pour porter la grande croix imitation or jaune et pour régler l’allure. L’abbé avait jugé qu’il était de confiance.
Les premières fois où j’ai eu ce privilège, ça c’est très mal passé. Je me souviens de la douce voix chuchotante qui venait de mon derrière : « ralenti ! Un peu plus vite ! non tu revas trop vite ! » J’ai même eu droit à une répétition spéciale visant à me faire comprendre l’art de marcher devant des pauvres pêcheurs. Sans doute pour cela que je me sens observé quand je marche dans la rue aujourd’hui. Comme si la marche renvoyait à quelque chose de solennel. Ca m’arrive parfois, quand je suis seul dans la rue. Quelque chose me dérange. Et je me souviens que durant ces marches religieuses, on était toujours en groupe. L’art de la communion.
Une autre chose que m’a enseignée l’Eglise, c’est la culpabilité. Sans prendre aucun cours spécial, ce fut très vite intégré. Beaucoup trop vite.
Merci monsieur Logier, abbé de village.
L’éducation religieuse que vous m’avez transmise, c’est précisément celle qui m’empêche d’avancer aussi vite que je le voudrais aujourd’hui à 25 ans. Celle qui m’a fait longtemps croire que j’étais faible, pauvre pêcheur, brebis égarée...
bref, qu’on était tous petits et laids.
C’est surtout elle que je combats en ce moment. Votre éducation fait partie du paquet de merde que j’ai à nettoyer pour me sentir plus léger. Oublier vos valeurs morales déplacées, oublier qu’une force supérieure dirige ma vie à ma place, oublier qu’il est naturel de porter sa croix, de souffrir en avançant, à la manière de St François Assis Debout, toutes ces choses désormais incompatible avec mes besoins d’évoluer, de sortir de ma grotte pour entendre d’autres cloches. C’est tout ça ma nouvelle religion, et il y a encore du travail.
Tout bien réfléchi, je ne vous remercie plus pour le temps que vous avez pris pour moi et mon éducation. Les mercredi matins et les dimanches pendant 2 ans. J’ai perdu mon temps, et vous aussi.